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ESPR & Digital Product Passport : comment se préparer dès 2026 ?

Comment se préparer à l’ESPR et au DPP en 2026 ? Voici un guide complet, concret et détaillé pour comprendre le calendrier, les exigences textiles probables, le rôle du Digital Product Passport et les actions à lancer dès maintenant.

Benjamin THOMAS
March 16, 2026
Sommaire
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Contexte réglementaire : comprendre l’ESPR en 2026

Pourquoi ce sujet devient prioritaire en 2026

Pendant longtemps, l’ESPR et le Digital Product Passport ont été vus comme des sujets de veille réglementaire. En 2026, ce n’est plus le cas. On entre dans une phase où les options réglementaires sont suffisamment claires pour que les marques textiles commencent à s'y préparer. Les travaux techniques de l’étude préparatoire touchent à leur fin et la phase de travail réglementaire peut désormais s’ouvrir. Pour les marques, les collections 2028-2029 seront probablement les premières concernées, ce qui impose de commencer à se préparer dès maintenant.

Le sujet devient prioritaire pour une autre raison : l’ESPR ne vise pas seulement à améliorer l’information disponible pour le consommateur. C’est un règlement qui doit, à terme, conditionner l’accès au marché européen pour les produits mis en circulation.

Origine et objectifs du règlement ESPR

L’ESPR, pour Ecodesign for Sustainable Products Regulation, est le règlement européen qui vise à faire des produits écoconçus la norme sur le marché européen. Entré en vigueur en juillet 2024, il a pour vocation de définir des exigences d’écoconception sectorielles pour les produits fabriqués, importés ou distribués dans l’Union européenne. Ces exigences seront précisées produit par produit via des actes délégués. Son objectif est simple mais ambitieux : réduire les impacts environnementaux sur l’ensemble du cycle de vie des produits. Cela inclut les matières premières, la fabrication, l’usage et la fin de vie.

L’ESPR ne fixe pas d’emblée un cahier des charges identique pour tous les produits. Il crée un cadre, puis la Commission européenne décline ce cadre par famille de produits, en fonction des impacts, de la maturité des méthodes et de la capacité à vérifier les exigences.

Le textile figure parmi les catégories prioritaires, notamment car le secteur pèse lourd en volume, repose sur des chaînes de valeur complexes et mondialisées, et concentre des impacts significatifs sur les matières premières, la fabrication, l’usage et la fin de vie.

Où on en est concrètement dans le processus réglementaire ?

En avril 2025, la Commission européenne a publié son premier Working Plan ESPR (2025–2030), qui confirme que les textiles font partie des catégories prioritaires.

Les travaux se situent encore au stade de l’étude préparatoire prévue par l’ESPR. Le 3ᵉ jalon (sur 4) de l’étude préparatoire textile, partagé début 2026, marque le début de la fin de la phase d’analyse technique : le périmètre et les options d’exigences réglementaires sont désormais identifiés, ce qui permet aux marques de commencer à les anticiper.

Ce qui est proposé comme base pour l’acte délégué

a) Le périmètre produit

Le périmètre de l’acte délégué textile est clairement défini avec des catégories incluses et exclues clairement définies.

Le périmètre concerné couvre l’habillement textile, aligné avec les catégories PEFCR Apparel & Footwear, hors chaussures. Sont inclus notamment les t-shirts, chemises et blouses, pulls et couches intermédiaires, vestes et manteaux, pantalons et shorts, robes, jupes et combinaisons, leggings, collants et chaussettes, sous-vêtements, maillots de bain et accessoires d’habillement textile.

Sont exclus du périmètre les chaussures, les textiles d’intérieur, les textiles techniques, les textiles d’ameublement, les produits non textiles, les vêtements professionnels ou EPI, les articles sanitaires textiles et les produits composites non dominés par le textile.

b) Des options de conception pour le futur acte délégué textile

Le cœur technique, lui aussi, est déjà posé : quatre options de conception sont considérées comme techniquement faisables, juridiquement défendables et proportionnées au regard des coûts.

Ces options de conception peuvent combiner des exigences d’information et des exigences de performance. Elles sont structurées autour de quatre objectifs généraux :

  1. Diluer les impacts environnementaux ponctuels (matières premières, fabrication, fin de vie) en prolongeant la durée d’usage.
  2. Augmenter la disponibilité de matières secondaires.
  3. Réduire les impacts environnementaux liés aux matières premières.
  4. Réduire les impacts environnementaux de la fabrication.

Ces objectifs sont traduits en quatre options de conception principales :

  • DO1 : Information sur la robustesse
  • DO2 : Information sur la recyclabilité
  • DO3 : Information et exigences de performance sur le contenu recyclé
  • DO4 : Information sur l’empreinte environnementale ou carbone de la fabrication

Certaines options initialement envisagées (réparabilité, durabilité de la production des fibres, pollution par fragmentation textile) ont été analysées mais non retenues à ce stade, en raison de limites méthodologiques ou réglementaires clairement identifiées.

Option de conception 1 : Robustesse

L'objectif de cet option de conception est d'augmenter la durée d’usage des produits afin de diluer les impacts environnementaux liés aux matières premières et à la fabrication, qui représentent 81–90 % des impacts totaux.

Exigence d’information : Mise à disposition obligatoire d’un score de robustesse compris entre 0 et 10

Exigence de performance : aucune exigence de performance obligatoire n’est proposée à ce stade

La robustesse est un bon exemple de la logique ESPR. Le JRC reconnaît que l’écoconception ne contrôle pas toute la durée de vie réelle d’un vêtement, car une part importante des mises au rebut dépend de facteurs comme la mode, l’ajustement ou la valeur perçue. Mais il considère qu’une information structurée sur la robustesse peut orienter les consommateurs et pousser les fabricants à améliorer leurs produits.

Score de robustesse des produits tissés​
Score de robustesse des produits tricotés​

Option de conception 2 : Recyclabilité

L'objectif de cet option de conception est d'augmenter la part de textiles effectivement recyclés et soutenir la disponibilité de matières secondaires.

Exigence d’information : Mise à disposition obligatoire d’un score de recyclabilité compris entre 0 et 10.

Exigence de performance : Aucune exigence de performance obligatoire (interdire les produits non recyclables a été jugé disproportionné).

Cette option est très concrète pour les équipes produit. Elle oblige à regarder de près la composition, les assemblages, les accessoires, les finitions et tout ce qui perturbe les opérations de recyclage. Cette logique pourrait ressembler en partie aux critères déjà utilisés dans les éco-modulations Refashion. Le défi, ici, n’est pas seulement de calculer un score. C’est d’intégrer des critères de recyclabilité dès la conception, là où les compromis entre style, usage, coût et circularité sont parfois difficiles.

Score de recyclabilité​

Option de conception 3 : Contenu recyclé

L'objectif de cet option de conception est de réduire les impacts liés aux matières premières en augmentant l’usage de fibres recyclées.

Exigence d’information : Obligation de communiquer la fraction massique de contenu recyclé dans le produit, éventuellement la nature du flux de déchets (post-consommation vs post-industriel).

Exigence de performance : Possibilité d’introduire des seuils minimaux obligatoires de contenu recyclé.

Les seuils seraient :

  • différenciés selon le type de produit,
  • dépendants du type de fibre,
  • alignés avec la disponibilité des matières secondaires.

Option de conception 4 : Impact de la fabrication

L’objectif de cette option de conception est de réduire les impacts environnementaux associés à la phase de fabrication des produits textiles.

La phase de fabrication représente le deuxième contributeur le plus important aux impacts environnementaux sur l’ensemble du cycle de vie des vêtements, après la production des matières premières, avec une contribution supérieure à 20 % pour la plupart des catégories de produits analysées.

La production des matières premières est exclue du périmètre de cette option car :

  • les impacts environnementaux associés dépendent fortement du type de fibre,
  • les méthodes de calcul et les données disponibles ne sont pas suffisamment harmonisées pour permettre des comparaisons robustes entre fibres.

Exigence d’information :

  • Information volontaire, réservée aux produits affichant une performance supérieure à la moyenne.
  • Utilisation des règles PEFCR Apparel & Footwear pour le calcul.
  • L’utilisation de l’indicateur CO2 uniquement ou de tous les indicateurs n’est pas encore décidé.

Exigence de performance : Aucune exigence de performance n’est proposée, faute de benchmarks fiables.

Deux types d’exigences d’information ont été analysés :

  • DO4.1 – Information sur l’empreinte environnementale de la fabrication

Cette option consiste à fournir une information sur l’empreinte environnementale globale de la phase de fabrication, calculée conformément aux règles de la Product Environmental Footprint (PEF).

  • DO4.2 – Information sur l’empreinte carbone de la fabrication

Cette option consiste à fournir une information spécifique sur l’empreinte carbone (émissions de gaz à effet de serre) de la phase de fabrication.

L’empreinte environnementale globale permet de couvrir un large éventail de catégories d’impact, tandis que l’empreinte carbone se concentre uniquement sur le changement climatique. L’analyse du JRC souligne que :

  • l’empreinte carbone est plus simple à comprendre pour les consommateurs,
  • elle repose sur des données généralement plus disponibles et plus robustes,
  • mais elle ne reflète pas les autres impacts environnementaux pertinents (eau, toxicité, ressources, etc.).

Le calcul de l’empreinte environnementale ou carbone de la fabrication reposerait sur :

  • les règles de la PEFCR Apparel and Footwear,
  • une combinaison de données primaires (fournies par les fabricants) et de données secondaires.

Quels sujets ont été analysés mais non retenus pour l’instant ?

Réparabilité

Le JRC considère que la réparabilité est influencée par des facteurs trop subjectifs et qu’il n’existe pas encore de cadre objectif applicable à grande échelle. Aucune exigence obligatoire n’est donc proposée. Une information volontaire sur les services de réparation proposés par les marques reste toutefois envisagée, possiblement via le DPP.

Microfibres

Le document explique qu’aucune option robuste n’est définie à ce stade pour les microfibres, en raison d’un manque de définition harmonisée de la biodégradabilité, d’absence de méthodes de mesure standardisées et d’un déficit général de données.

Impacts des fibres et substances préoccupantes

Le 3e jalon reconnaît que la production des fibres pèse très lourd dans les impacts globaux, mais juge qu’il serait réducteur et potentiellement contre-productif de privilégier certaines fibres sans cadre suffisamment robuste. Sur les substances préoccupantes, une logique d’exigences d’information est bien étudiée, mais les seuils et l’articulation avec d’autres réglementations ne sont pas stabilisés.

Les dernières avancées du Digital Product Passport

Le DPP est souvent résumé à un QR code. Le 3e jalon rappelle que le Digital Product Passport est un outil central de mise en œuvre de l’ESPR, destiné à centraliser et structurer l’information produit tout au long de la chaîne de valeur, à supporter différentes exigences d’information sans surcharger l’étiquetage physique, et à adapter le niveau d’information selon les utilisateurs : consommateurs, autorités, acteurs de la chaîne de valeur.

Le DPP est l'outil qui permettra aux marques d'apporter les justifications à toutes leurs allégations environnementales, avec 3 objectifs principaux :

  1. Transparence (apporter plus de transparence aux parties prenantes)
  2. Conformité (faciliter le contrôle, la traçabilité, l’auditabilité)
  3. Circularité (réemploi, réparation, recyclage mieux informés)

Quel sera le contenu du Passeport produit ?​

il est prématuré de fixer une liste exhaustive et juridiquement contraignante du contenu du DPP, car l’architecture IT européenne, les standards de données et la gouvernance ne sont pas encore finalisés. En revanche, un socle transversal est déjà identifiable. Autre point clé : il n’y aura pas un contenu unique identique pour tous les produits. Le cadre est commun (ESPR), mais le contenu final dépendra des actes délégués par catégorie de produit.

Le socle commun obligatoire

  • Identifiant unique du produit
  • Catégorie produit textile
  • Composition fibres (% masse)
  • Structure du produit (tricoté/tissé/denim)
  • Pays / zones de fabrication

Les données conditionnelles et spécifiques

Selon les exigences :

  • score de robustesse
  • score de recyclabilité
  • contenu recyclé
  • impacts environnementaux
  • Volets substances préoccupantes (encore en discussion, notamment l’alignement avec REACH et les seuils)
  • Informations réparabilité / services associés

Le DPP sera donc modulaire et évolutif.

Quelles données dans le DPP ?

Ce que le DPP change vraiment pour les marques

Le vrai sujet : la qualité de la donnée produit

Le principal défi du DPP n’est pas de créer un QR code ni d’afficher des informations produit. Le vrai défi est de construire une donnée environnementale fiable au niveau produit sur des chaînes d’approvisionnement complexes et des catalogues volumineux.

Cette donnée provient souvent de systèmes différents : PLM, ERP, outils de traçabilité pour les usines, les procédés et certaines certifications ; données fournisseurs pour l’énergie, etc... Beaucoup de marques possèdent déjà une partie de ces données, mais rarement sous une forme directement exploitable pour un DPP.

Un projet data, pas seulement un projet conformité

C’est probablement le message le plus important à retenir. Le DPP est un projet de structuration de la donnée produit. Il touche à la qualité des données, à la précision des compositions, à la documentation des fournisseurs, à la gestion des versions et à la cohérence des données entre les équipes qualité, achats, RSE, IT et conformité.

Un socle commun de données peut d'ailleurs être réutilisé comme base pour répondre à différentes exigences réglementaires : la loi AGEC, l'Affichage environnemental, le DPP, le reporting GHG Protocol, la CSRD, l’éco-conception et les stratégies de décarbonation.

Pour une marque, cela change tout. Le DPP ne doit pas être pensé comme un silo réglementaire de plus. Il doit devenir un usage supplémentaire d’une base de données produit mieux structurée.

Pourquoi anticiper dès 2026 ?

Les risques à attendre

Le premier risque est réglementaire. Si les entreprises attendent le texte final pour se mettre en mouvement, elles devront tout faire en parallèle, dans des délais courts : collecte de données, choix d’outil, mise en qualité, arbitrages produit, formation interne, gouvernance documentaire.

Le deuxième risque est opérationnel. Les éléments nécessaires pour répondre au DPP et à l'ESPR ne se construisent pas si rapidement. Certains choix liés à la production sont décidés tôt dans le cycle de vie du produit, ce qui implique d'être en mesure de les anticiper.

Le troisième risque est stratégique : multiplier des outils, des systèmes et des méthodes différentes. Sans modèle de donnée commun, une marque peut se retrouver avec des données pour le DPP, d'autres différentes pour l'affichage environnemental, et encore d'autres données pour ses décisions d’éco-conception.

Les bénéfices pour les marques qui s’y prennent tôt

À l’inverse, anticiper permet de lisser la charge, d’améliorer la qualité des données progressivement et de transformer la conformité en levier de transformation et de performance. Ainsi, vous pourrez consolider les processus de collecte de données afin de mieux calculer les impacts et coûts environnementaux, anticiper les futures exigences de performance, améliorer la précision de votre bilan carbone et transformer la donnée en levier d’action pour vos différentes équipes.

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