Allégations environnementales : ce que l'ECGT change pour les marques de mode
Allégations génériques interdites, labels maison exclus, sanctions jusqu'à 10 % du CA : ce que l'ECGT change pour les marques de mode dès septembre 2026.
Allégations génériques interdites, labels maison exclus, sanctions jusqu'à 10 % du CA : ce que l'ECGT change pour les marques de mode dès septembre 2026.

En 2025, Shein a écopé de 40 millions d'euros d'amende de la DGCCRF, notamment pour n'avoir pas su justifier les allégations environnementales affichées sur son site. La même année, le bilan de l'enquête menée auprès de 3 000 établissements (textile, ameublement, cosmétique) révélait que plus de 15 % des professionnels contrôlés présentaient des manquements graves.
À partir de septembre 2026, la transposition en droit français de la directive européenne ECGT (Empowering Consumers for the Green Transition, directive 2024/825) durcit nettement les règles : certaines pratiques jusqu'ici sanctionnées au cas par cas deviennent illicites par défaut.
Cet article décrypte ce qui change concrètement pour les marques de mode : le nouveau périmètre des allégations, l'interdiction des mentions génériques, la fin des labels maison, les pratiques désormais réputées déloyales, et une méthode en quatre temps pour mettre sa communication en conformité.
L'ECGT redéfinit la notion d'allégation environnementale. Elle recouvre désormais :
« Tout message ou toute déclaration non obligatoire […], sous quelque forme que ce soit, notamment du texte, une image, une représentation graphique ou un symbole tels que un label, une marque, une dénomination sociale ou une dénomination de produit, dans le cadre d'une communication commerciale, et qui affirme ou suggère qu'un produit […] a une incidence positive ou nulle sur l'environnement, est moins préjudiciable pour l'environnement que d'autres produits […], ou a amélioré son incidence environnementale au fil du temps. »
Trois élargissements majeurs par rapport au cadre antérieur :
L'ECGT distingue deux catégories.
Toute allégation environnementale formulée à l'écrit ou à l'oral, qui ne fait pas partie d'un label de développement durable, et dont la spécification n'est pas fournie en des termes clairs et bien visibles sur le même support.
Les termes explicitement cités par la directive parlent d'eux-mêmes : respectueux de l'environnement, respectueux de la nature, vert, ami de la nature, écologique, bon pour l'environnement, bon pour le climat, favorable à l'environnement, à faible intensité de carbone, économe en énergie, biodégradable, biosourcé.
Une allégation générique cesse de l'être dès lors qu'elle est précisée — à condition que la précision figure sur le même support, dans le même spot publicitaire, sur le même emballage ou dans la même interface de vente en ligne. Un astérisque renvoyant vers une page annexe du site ne suffit pas.
L'ECGT interdit les allégations génériques, sauf à démontrer une excellente performance environnementale en rapport avec l'allégation. Trois voies, et trois seulement :
Point critique : la preuve doit couvrir l'intégralité de l'allégation, pas seulement une partie.
Pour les marques de mode qui ne détiennent pas l'Écolabel européen sur leurs collections, la conclusion est directe : abandonner le vocabulaire générique, ou le remplacer par des allégations spécifiques et chiffrées.
L'ECGT introduit la notion de Label de Développement Durable (LDD) : tout label de confiance volontaire, label de qualité ou équivalent, public ou privé, qui distingue un produit, un procédé ou une entreprise pour ses caractéristiques environnementales ou sociales. Les labels obligatoires imposés par le droit européen ou national (étiquette énergétique, indice de réparabilité) en sont exclus.
Pourquoi ce cadrage ? Une étude d'impact de la Commission européenne a recensé 230 labels environnementaux sur le marché, dont près de la moitié attribués sans vérification adéquate. Or les labels pèsent lourd dans la décision d'achat.
Désormais, l'usage d'un label privé suppose une procédure à trois acteurs distincts :
L'ECGT exige en outre que le cahier des charges soit public et non discriminatoire, qu'une procédure de retrait existe en cas de non-respect, et que l'organisme tiers soit indépendant à la fois de la marque et du propriétaire du label.
L'ECGT modifie la directive 2005/29/CE sur les pratiques commerciales déloyales. Inscrire une pratique sur la liste des « pratiques déloyales en toutes circonstances » revient à l'interdire purement et simplement : il ne sera plus nécessaire de démontrer que le comportement du consommateur a été altéré.
Parmi les pratiques désormais interdites par défaut :
Deux autres pratiques restent évaluées au cas par cas, mais deviennent explicitement trompeuses :
Le non-respect de ces règles caractérise une pratique commerciale trompeuse, sanctionnée par :
Le juge peut porter l'amende à 10 % du chiffre d'affaires annuel moyen (calculé sur les trois derniers exercices connus), ou à 50 % des dépenses engagées pour la publicité en cause — et jusqu'à 80 % lorsque la pratique trompeuse repose sur des allégations environnementales.
Côté contrôles, la trajectoire est sans ambiguïté. L'enquête DGCCRF 2023-2024 a porté sur 3 000 établissements et abouti à 430 injonctions de mise en conformité, plus de 70 amendes administratives et procès-verbaux pénaux et plus de 500 avertissements. À titre de comparaison, l'enquête 2021-2022 portait sur 1 100 établissements et 114 injonctions.
Le secteur textile est directement visé. Un cas relevé par l'enquête : l'emploi du terme « upcyclé », accompagné d'un logo vert, sur des t-shirts et pantalons en réalité importés à l'état neuf depuis l'Asie — sanctionné par un procès-verbal pénal. L'enquête pointe également les allégations institutionnelles et les noms de marques à connotation environnementale, qui laissent entendre à tort une performance valable pour l'ensemble du catalogue.
Pour 2025 et 2026, la DGCCRF a annoncé un renforcement de ses contrôles, en coopération avec l'ADEME, pour mieux cibler les enquêtes sur les allégations et l'affichage environnemental textile.
Recenser toutes les allégations en circulation, au sens élargi de l'ECGT : mentions produit, noms de gammes, pictogrammes, scores maison, argumentaires wholesale, contenus social media, page « engagements » du site, rapport annuel. L'inventaire est presque toujours plus volumineux que prévu.
Pour chaque allégation, trois issues possibles :
Une allégation spécifique n'a de valeur que si la donnée qui la sous-tend est robuste et traçable. « –30 % d'émissions de CO₂e sur ce jean par rapport à notre référence 2022 » suppose une analyse de cycle de vie (ACV) au niveau produit, une base de comparaison explicite et une méthode consultable.
C'est précisément le rôle d'une plateforme comme Waro : mesurer l'impact environnemental produit par produit et gamme par gamme, à partir des données réelles de la chaîne d'approvisionnement, pour que chaque affirmation publiée repose sur un calcul opposable. Une marque qui compare ses références doit également pouvoir publier sa méthodologie et ses modalités de mise à jour — exigence explicite de l'ECGT.
Le risque juridique naît le plus souvent d'un décalage entre les équipes marketing et RSE. Trois garde-fous simples :