Empowering Consumers (ECGT) : ce qui change pour les allégations environnementales dans l'ameublement
Allégations génériques interdites, labels maison exclus, sanctions jusqu'à 10 % du CA : ce que l'ECGT change pour l'ameublement dès septembre 2026.
Allégations génériques interdites, labels maison exclus, sanctions jusqu'à 10 % du CA : ce que l'ECGT change pour l'ameublement dès septembre 2026.

En 2023 et 2024, la DGCCRF a contrôlé 3 000 établissements sur leurs allégations environnementales, en ciblant en priorité trois secteurs jugés à risque : le textile, la cosmétique et l'ameublement. Plus de 15 % des professionnels contrôlés présentaient des manquements graves.
Dans le secteur du mobilier, les enquêteurs ont relevé l'usage abusif de mentions comme « écologique » ou « respectueux de l'environnement », ainsi que des revendications de certification FSC sur des bois de meubles qui n'en bénéficiaient pas.
À partir de septembre 2026, la transposition en droit français de la directive européenne ECGT (Empowering Consumers for the Green Transition, directive 2024/825) durcit nettement les règles : certaines pratiques jusqu'ici sanctionnées au cas par cas deviennent illicites par défaut.
Cet article décrypte ce qui change concrètement pour les marques d'ameublement : le nouveau périmètre des allégations, l'interdiction des mentions génériques, la fin des labels maison, les pratiques désormais réputées déloyales, et une méthode en quatre temps pour mettre sa communication en conformité.
La directive Empowering Consumers for the Green Transition redéfinit la notion d'allégation environnementale. Elle recouvre désormais :
« Tout message ou toute déclaration non obligatoire […], sous quelque forme que ce soit, notamment du texte, une image, une représentation graphique ou un symbole tels que un label, une marque, une dénomination sociale ou une dénomination de produit, dans le cadre d'une communication commerciale, et qui affirme ou suggère qu'un produit […] a une incidence positive ou nulle sur l'environnement, est moins préjudiciable pour l'environnement que d'autres produits […], ou a amélioré son incidence environnementale au fil du temps. »
Trois élargissements majeurs par rapport au cadre antérieur :
L'ECGT distingue deux catégories.
Toute allégation environnementale formulée à l'écrit ou à l'oral, qui ne fait pas partie d'un label de développement durable, et dont la spécification n'est pas fournie en des termes clairs et bien visibles sur le même support.
Les termes explicitement cités par la directive parlent d'eux-mêmes : respectueux de l'environnement, respectueux de la nature, vert, ami de la nature, écologique, bon pour l'environnement, bon pour le climat, favorable à l'environnement, à faible intensité de carbone, économe en énergie, biodégradable, biosourcé.
Une allégation générique cesse de l'être dès lors qu'elle est précisée, à condition que la précision figure sur le même support, dans le même spot publicitaire, sur le même emballage ou dans la même interface de vente en ligne. Un astérisque renvoyant vers une page annexe du site ne suffit pas.
L'ECGT interdit les allégations génériques, sauf à démontrer une excellente performance environnementale en rapport avec l'allégation :
Point important : la preuve doit couvrir l'intégralité de l'allégation, pas seulement une partie.
FSC et PEFC sont des certifications de gestion forestière vérifiées par tierce partie : elles sont parfaitement légitimes au regard de l'ECGT. Mais ce ne sont pas des écolabels de type I portant sur le produit fini. Elles n'ouvrent donc pas droit à une allégation générique.
Pour les marques d'ameublement qui ne détiennent pas l'Écolabel européen ou NF Environnement sur leurs gammes, la conclusion est directe : abandonner le vocabulaire générique, ou le remplacer par des allégations spécifiques et chiffrées.
L'ECGT introduit la notion de Label de Développement Durable (LDD) : tout label de confiance volontaire, label de qualité ou équivalent, public ou privé, qui distingue un produit, un procédé ou une entreprise pour ses caractéristiques environnementales ou sociales. Les labels obligatoires imposés par le droit européen ou national en sont exclus.
Pourquoi ce cadrage ? Une étude d'impact de la Commission européenne a recensé 230 labels environnementaux sur le marché, dont près de la moitié attribués sans vérification adéquate. Or les labels pèsent lourd dans la décision d'achat, particulièrement sur des biens durables à panier moyen élevé comme le mobilier.
Désormais, l'usage d'un label privé suppose une procédure à trois acteurs distincts :
L'ECGT exige en outre que le cahier des charges soit public et non discriminatoire, qu'une procédure de retrait existe en cas de non-respect, et que l'organisme tiers soit indépendant à la fois de la marque et du propriétaire du label.
L'ECGT modifie la directive 2005/29/CE sur les pratiques commerciales déloyales. Inscrire une pratique sur la liste des « pratiques déloyales en toutes circonstances » revient à l'interdire purement et simplement : il ne sera plus nécessaire de démontrer que le comportement du consommateur a été altéré.
Parmi les pratiques désormais interdites par défaut :
Deux autres pratiques restent évaluées au cas par cas, mais deviennent explicitement trompeuses :
Le non-respect de ces règles caractérise une pratique commerciale trompeuse, sanctionnée par :
Le juge peut porter l'amende à 10 % du chiffre d'affaires annuel moyen (calculé sur les trois derniers exercices connus), ou à 50 % des dépenses engagées pour la publicité en cause, et jusqu'à 80 % lorsque la pratique trompeuse repose sur des allégations environnementales.
L'ordre de grandeur n'est pas théorique : en 2025, un acteur du e-commerce textile a écopé de 40 millions d'euros d'amende de la DGCCRF, notamment pour n'avoir pas su justifier les allégations environnementales affichées sur son site.
Côté contrôles, la trajectoire est sans ambiguïté. L'enquête DGCCRF 2023-2024 a porté sur 3 000 établissements et abouti à 430 injonctions de mise en conformité, plus de 70 amendes administratives et procès-verbaux pénaux et plus de 500 avertissements.
L'ameublement figure explicitement parmi les secteurs ciblés, pour deux motifs récurrents :
L'autorité a annoncé un renforcement de ses contrôles pour les années à venir, avec une attention particulière portée aux labels et aux allégations produit.
Recenser toutes les allégations en circulation, au sens élargi de l'ECGT : mentions produit, noms de gammes et de collections, pictogrammes, scores maison, étiquettes de rayon, catalogues et nuanciers, argumentaires contract et prescription, mémoires techniques d'appels d'offres, contenus social media, page « engagements » du site, rapport annuel.
L'inventaire est presque toujours plus volumineux que prévu, d'autant que dans l'ameublement, une même référence circule souvent sur une dizaine de supports gérés par des équipes différentes.
Pour chaque allégation, trois issues possibles :
Une allégation spécifique n'a de valeur que si la donnée qui la sous-tend est robuste et traçable. « –30 % d'émissions de CO₂e sur ce buffet par rapport à notre référence 2022 » suppose une analyse de cycle de vie (ACV) au niveau produit, une base de comparaison explicite et une méthode consultable.
La difficulté est réelle dans l'ameublement : un meuble combine bois massif, panneaux dérivés, mousses, textiles, métaux, colles et finitions, souvent issus de fournisseurs de rangs différents. L'allégation ne vaut que si la nomenclature matière réelle est connue, et si les données fournisseurs sont collectées de manière structurée.
Le risque juridique naît le plus souvent d'un décalage entre les équipes marketing et RSE. Trois garde-fous simples :