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Le coton reste une matière première agricole massive : la production mondiale était estimée à environ 26 millions de tonnes en 2024, pour une valeur de plus de 75 milliards de dollars par an (source : FAO, World Cotton Day). Les trois premiers producteurs sont l'Inde, la Chine et les États-Unis, suivis du Brésil, qui est aussi l'un des plus gros exportateurs mondiaux avec les États-Unis (source : FAO ; classement constant sur plusieurs éditions USDA/Statista).

Sur ce volume, la grande majorité reste du coton conventionnel : environ 93,5 %, soit près de 23 millions de tonnes, y compris le coton certifié par des programmes comme Better Cotton, CmiA ou REEL, qui restent des démarches "plus durables" mais ni biologiques ni régénératives à proprement parler. Le coton biologique représente environ 706 000 tonnes (2,9 % du marché mondial), le coton régénératif environ 554 000 tonnes (2,3 %, une fois retiré le chevauchement d'environ 40 % entre regenagri, le principal programme dédié, et d'autres certifications comme le bio), et le coton recyclé environ 300 000 tonnes (1,2 %) (source : Textile Exchange, Materials Market Report 2025).

L'idée reçue est répandue : une fibre naturelle serait par nature plus vertueuse, et une culture "sans chimie" forcément peu émettrice. La réalité est plus nuancée, et surtout beaucoup plus locale qu'on l'imagine.
Prenez le coton conventionnel indien : à 4,17 kg CO₂ eq par kilo de fibre, il pèse plus de trois fois plus que son équivalent turc (1,29 kg). La raison n'est pas le climat ni le type de coton cultivé, c'est l'azote. En Inde, les sols reçoivent un excédent d'engrais minéral largement supérieur à ce que la plante peut absorber ; le surplus se transforme en partie en protoxyde d'azote, un gaz environ 270 fois plus réchauffant que le CO₂. Au Brésil, ce n'est pas l'azote qui domine l'impact climat mais le changement d'usage des sols (la conversion de terres, souvent forestières ou de pâturage, en parcelles de culture), lié à l'histoire agricole récente des zones de culture. Deux pays, deux "hotspots" complètement différents, pour une même fibre de coton conventionnel.
Le carbone n'est par ailleurs qu'un indicateur parmi d'autres : le coton reste une culture à forte intensité en pesticides et en eau à l'échelle mondiale, avec des impacts sur la biodiversité et les sols que l'indicateur changement climatique seul ne capture pas.
Le coton biologique supprime les engrais et pesticides de synthèse, au profit de rotations de cultures et d'une fertilisation organique. La suppression des engrais minéraux fait souvent chuter l'impact climat par rapport au conventionnel : -65 % en Inde (de 4,17 à 1,46 kg), -82 % au Brésil (de 2,46 à 0,44 kg).
Le coton régénératif ne se définit pas par l'exclusion des intrants chimiques comme le bio, mais par un ensemble de pratiques visant à nourrir le sol : couverture végétale permanente, rotations longues, réduction du travail du sol. Certains systèmes régénératifs restent d'ailleurs "intégrés" et continuent d'utiliser engrais ou pesticides de synthèse, quand d'autres s'alignent sur les principes du bio (parfois appelés "regenerative organic").
Textile Exchange précise d'ailleurs ne pas avoir pu distinguer ces deux profils dans ses résultats : les chiffres publiés agrègent donc systèmes intégrés et alignés bio sous une seule catégorie "régénératif", sans distinction sur l'usage de pesticides.
Sur le plan carbone, ça ne se traduit pas par un gain automatique face au bio : en Turquie, le régénératif (0,89 kg) fait mieux que le bio (0,95 kg), mais en Inde c'est l'inverse, le régénératif (1,72 kg) reste derrière le bio (1,46 kg). Le stockage de carbone dans le sol est un mécanisme réel, mais il ne compense pas systématiquement l'usage d'intrants encore présents dans certains systèmes régénératifs.
Le coton recyclé, obtenu à partir de déchets de fil, de tissu ou de vêtements en fin de vie remis en fibre par voie mécanique, affiche des impacts nettement inférieurs au coton vierge : de 0,44 kg CO₂ eq/kg pour des déchets post-industriels (fil) à 1,14 kg pour des déchets post-consommation transportés à l'international, contre 1,29 à 4,17 kg pour le coton conventionnel (Textile Exchange × Sphera, mars 2026). Dans tous les cas, c'est l'électricité du procédé de recyclage qui domine l'impact (85 à 88 % du total), loin devant le transport (10 à 14 %). Le mix électrique du pays de recyclage pèse donc autant, sinon plus, que le type de déchet recyclé : deux fournisseurs de coton recyclé peuvent afficher des impacts très différents, sans qu'aucun type de déchet ne soit intrinsèquement meilleur qu'un autre.
Ce gain carbone reste toutefois conditionné à un seuil d'incorporation : le réeffilochage raccourcit les fibres, ce qui fragilise le fil et limite la durabilité du produit fini. Un T-shirt 100 % coton recyclé ne tiendrait pas dans le temps ; en pratique, les retours d'expérience de marques plafonnent généralement l'incorporation autour de 5 % de coton recyclé dans un produit, le reste étant du coton vierge pour préserver la tenue mécanique. Ce seuil varie selon les fournisseurs et nécessite des tests qualité au cas par cas avant intégration en collection.
Il n'existe donc pas de coton « idéal » dans l'absolu : le pays d'origine, le fournisseur et le volume engagé pèsent autant que le type de coton choisi. Une stratégie matière crédible se construit à partir de vos propres données de sourcing, pour concentrer vos efforts d'écoconception là où ils auront le plus d'effet sur votre empreinte carbone.
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