
La laine représente environ 1 million de tonnes sur les 132 millions de tonnes de fibres textiles produites dans le monde en 2024, soit environ 0,9 % du marché mondial des fibres (Textile Exchange, Materials Market Report 2025). Les trois premiers producteurs sont l'Australie, la Chine et la Nouvelle-Zélande. La majorité de la laine utilisée aujourd'hui en Europe pour l'habillement est produite hors d'Europe.

La laine est une fibre naturelle, biodégradable, renouvelable mais elle fait pourtant partie des fibres textiles les plus impactantes :

L'élevage ovin est une source significative d'émissions de méthane un gaz à effet de serre 28 fois plus puissant que le CO₂ sur 100 ans. À cela s'ajoutent les émissions liées à l'alimentation des animaux, la gestion des terres, et les traitements chimiques (bains antiparasitaires, teintures). Résultat : sur un cycle de vie cradle-to-gate (de l'élevage à la sortie de ferme), la laine conventionnelle dépasse en impact carbone les synthétiques vierges.
Ce constat ne vaut cependant que sur l'indicateur changement climatique. Le coût environnemental calculé par Ecobalyse (l'outil officiel de l'affichage environnemental textile français, développé par l'Ademe et le Ministère de la Transition écologique) agrège 16 catégories d'impact issues de la méthode européenne PEF/EF 3.1, dont la durabilité physique du vêtement et le relargage de microfibres au lavage.
Or la durée de vie du vêtement est justement le facteur qui pèse le plus sur son impact réel. Une étude financée par Woolmark montre qu'un pull en laine jeté après une seule saison (15 ports) a un impact 5,8 à 6,8 fois supérieur au même pull porté sur sa durée de vie complète (109 ports) et que passer à 400 ports réduit l'impact de 49 à 68 %. La laine, moins sujette au boulochage et à la déformation que l'acrylique, a structurellement plus de chances d'atteindre ce nombre de ports élevé. Gardé assez longtemps, un pull en laine finit par peser moins lourd en carbone que deux pulls en acrylique (56,7 kg CO₂e pour un pull en laine contre 58 kg CO₂e pour deux pulls en acrylique, ADEME/Impact CO2), la durabilité de la matière est alors un levier de réduction d'impact à part entière.

La laine conventionnelle désigne la laine issue d'élevages extensifs industriels ou semi-industriels, principalement en Australie, Nouvelle-Zélande, Chine et Amérique du Sud. Elle répond à des critères de volume, de régularité et de finesse (microns), mais sans exigence particulière sur les pratiques d'élevage ou l'empreinte carbone.

Dans la modélisation Ecobalyse, la laine conventionnelle est représentative de l'élevage extensif australien, composé à 75 % de Mérinos. Le périmètre de calcul retenu est cradle to farm gate (de la naissance de l'animal à la sortie de la ferme).
La laine nouvelle filière est une catégorie distinguée par l’outil Ecobalyse car produite en France, où l'élevage ovin est aujourd'hui orienté quasi exclusivement vers la production de viande et de lait. La laine y est un coproduit qui n'est pratiquement plus valorisé commercialement : elle se vend à quelques dizaines de centimes le kilo, un prix qui ne couvre même pas le coût de la tonte, environ 1,5 € par mouton (source : documentation Ecobalyse). Cette situation résulte notamment de la désindustrialisation de la filière lainière française depuis les années 1980. Des initiatives illustrent concrètement cette catégorie en structurant des filières locales de collecte, tri et transformation (Laines Paysannes et Collectif Tricolore).
Bien que l’élevage soit comparable, en ACV, cela change tout : la répartition de l’impact entre les produits (viande, lait et laine) se fait via une règle d’allocation, qui détermine quelle part des impacts de l'élevage est imputée à chaque coproduit. Ecobalyse retient une allocation économique (proportionnelle à la valeur de vente de chaque coproduit) et applique, à partir du même inventaire de référence (BDD Woolmark), un taux de 37 % pour la laine conventionnelle contre seulement 4 % pour la laine nouvelle filière (soit un facteur 9, qui reflète directement l'écart de valorisation commerciale entre les deux marchés).
Concrètement : si l'éleveur élève ses moutons pour vendre de l'agneau, et tond la laine parce qu'il le faut (pour le bien-être de l'animal), la laine récupérée a un impact faible au regard de la raison d'être du troupeau.
La laine recyclée est produite à partir de vêtements usagés, de chutes de confection ou de déchets textiles. Dans les méthodes ACV, on considère que la matière récupérée arrive en début de cycle sans "emporter" avec elle les impacts de sa vie précédente (principe de la coupure du système au point de collecte).
Seuls les impacts du processus de recyclage lui-même (tri, effilochage mécanique, réouverture des fibres, énergie consommée) sont comptabilisés : ce qui est infiniment plus faible que l'élevage et la tonte.
Le résultat : 0,17 kg CO2eq / kg, soit moins qu'un kilo de coton recyclé dans la plupart des bases de données.
Cette matière reste peu répandue en habillement : la perte de longueur de fibre au réeffilochage limite sa part dans les mélanges filables et sa tenue mécanique, ce qui l'oriente davantage vers des articles d'accessoires ou de maison que vers des pièces d'habillement nécessitant une forte durabilité.
La couette Pyrenea été (Pyrenex × Traille, 100 % laine des Pyrénées, fabriquée à Saint-Sever) illustre concrètement le gain apporté par la laine nouvelle filière : -63 % d'impact carbone par rapport à un garnissage en laine conventionnelle équivalent (source : simulation Waro). Le garnissage provient de laine collectée lors de la tonte sanitaire annuelle des brebis basques et béarnaises, jusque-là non valorisée.

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